C’est une faute qu’on lit tous les jours, y compris sous des plumes soignées, et elle vient d’une simple coïncidence sonore. Deux mots qui n’ont aucun rapport se prononcent exactement de la même façon, et l’oreille choisit le mauvais.
Alors, « rien à voir » ou « rien avoir » ?
Écrivez « rien à voir », en trois mots. Il s’agit du verbe voir précédé de la préposition à, au sens de « aucun rapport ». La graphie « rien avoir » est une faute dans cet emploi. Le verbe avoir existe évidemment, mais il n’a rien à faire ici.
Pourquoi « voir » et non « avoir » ?
Parce que l’expression complète est n’avoir rien à voir avec, où le verbe avoir est déjà là, en tête, sous la forme n’a. Écrire ça n’a rien avoir reviendrait donc à employer deux fois le même verbe, ce qui n’a aucun sens.
- Cette affaire n’a rien à voir avec la précédente.
- Je n’ai rien à voir dans cette histoire.
- Ça n’avait rien à voir avec ce qu’on m’avait annoncé.
Le sens du verbe voir est ici celui du lien, de la relation, celui qu’on retrouve dans je ne vois pas le rapport ou dans voyons cela ensemble. Il ne s’agit pas de vision au sens propre.
Comment trancher en une seconde ?
Remplacez par « aucun rapport ». Si la phrase tient, écrivez à voir. Cette affaire n’a aucun rapport avec la précédente fonctionne parfaitement, la forme en trois mots est donc la bonne.
Un second test, encore plus rapide : changez le temps du verbe. Ça n’avait rien à voir, ça n’aura rien à voir. Le verbe conjugué apparaît en tête et le à voir reste intact, ce qui montre bien qu’il s’agit de deux mots distincts.
Quand « rien avoir » est-il possible ?
Presque jamais dans cette tournure, mais la suite rien puis avoir peut se rencontrer dans une construction différente, où le verbe est à l’infinitif pour une autre raison.
- Il préfère ne rien avoir plutôt que de devoir quelque chose. Ici, avoir est bien le verbe.
- Craindre de ne rien avoir à dire.
La différence saute aux yeux dès qu’on la voit : dans ces phrases, aucun autre verbe ne précède. Dans ça n’a rien à voir, le verbe a est déjà là.
Les autres pièges de la même famille
Le français compte une dizaine de couples où une préposition et un verbe se confondent à l’oreille. Le remède est toujours le même : chercher le verbe déjà conjugué dans la phrase.
- à faire et affaire : j’ai à faire (des choses) contre j’ai affaire à lui.
- peut-être et peut être : il viendra peut-être contre cela peut être vrai.
- plus tôt et plutôt : arrive plus tôt contre plutôt que de partir.
- quelque temps et quel que temps : seul le premier existe.
- davantage et d’avantage : travailler davantage contre pas d’avantage à en tirer.
Le dernier est le plus employé à tort. Davantage en un mot signifie « plus » ; d’avantage en deux mots suppose qu’on parle d’un bénéfice. Le test est le même : remplacez par plus, et si la phrase tient, écrivez en un mot.
Questions fréquentes
« Ça n’a rien à voir » ou « ça n’a rien avoir » ?
Ça n’a rien à voir. Le verbe avoir est déjà présent sous la forme a, et ce qui suit est la préposition à avec le verbe voir.
Que signifie « rien à voir » ?
Aucun rapport, aucun lien. Le verbe voir y a son sens figuré de relation, celui de je ne vois pas le rapport.
Peut-on écrire « rien avoir à faire » ?
Non dans cette expression. On écrit rien à voir, et pour l’autre tournure rien à faire, avec la même préposition.
À retenir
- Rien à voir en trois mots : préposition à plus verbe voir.
- Le verbe avoir est déjà dans la phrase, sous la forme a ou ai.
- Le test : remplacez par aucun rapport.
- Même piège pour à faire, peut-être, davantage.
Ce genre de confusion échappe aux correcteurs automatiques, puisque les deux graphies existent séparément. C’est exactement la limite que nous relevions dans notre comparatif des correcteurs, et l’une des raisons pour lesquelles une relecture humaine reste nécessaire.