Ce petit t qui apparaît dans a-t-il et va-t-elle n’a rien d’un caprice, et il ne s’ajoute pas partout. Il obéit à une règle en une ligne, que presque personne n’apprend et que tout le monde applique de travers une fois sur deux.
« Correspond-il » ou « correspond-t-il » ?
« Correspond-il », sans t ajouté. Le verbe se termine déjà par un d, qui se prononce comme un t dans la liaison. On n’ajoute le t euphonique que lorsque le verbe se termine par une voyelle.
La règle du t euphonique
Ce t ne sert à rien d’autre qu’à éviter la rencontre de deux voyelles, que le français n’aime pas. On l’appelle euphonique, ce qui signifie « qui sonne bien ».
- verbe finissant par une voyelle : on ajoute le t. Il a donne a-t-il, elle va donne va-t-elle.
- verbe finissant par t ou d : on n’ajoute rien. Il prend donne prend-il, elle sort donne sort-elle.
- avec t ajouté : a-t-il, va-t-il, parle-t-elle, donne-t-on, aima-t-il, viendra-t-elle.
- sans t ajouté : prend-il, vend-elle, sort-il, peut-elle, correspond-il, répond-elle.
Le d final se prononce t en liaison, ce qui explique tout : prend-il s’entend prantil, et le t est déjà là. L’ajouter reviendrait à le doubler.
Les tirets, la seconde faute
Quand le t est nécessaire, il s’écrit entre deux traits d’union, jamais avec une apostrophe. Trois graphies circulent et une seule est correcte.
- a-t-il : correct. Deux traits d’union.
- a t-il : incorrect. Le premier trait manque.
- a-t’il : incorrect. L’apostrophe n’a rien à faire là.
L’apostrophe est l’erreur la plus répandue, et elle vient d’une fausse analyse : on croit que le t remplace une lettre disparue, comme dans l’ami. Ce n’est pas le cas. Ce t n’a jamais existé ailleurs, il est ajouté de toutes pièces pour l’oreille.
Le cas particulier de « il y a »
La forme interrogative de il y a s’écrit y a-t-il, et elle concentre les deux difficultés à la fois : le t euphonique après le a, et les deux traits d’union.
- y a-t-il quelqu’un ? Correct.
- y a t’il, y-a-t-il, y a t-il : incorrects.
Notez qu’il n’y a pas de trait d’union entre y et a. Les traits ne relient que le verbe, le t et le pronom sujet inversé.
L’impératif suit la même logique
Le t euphonique apparaît aussi à l’impératif, devant les pronoms en et y, mais il prend alors la forme d’un s plutôt que d’un t.
- vas-y : un s, alors que l’impératif de aller est va.
- manges-en : un s, alors que l’impératif est mange.
- penses-y, donnes-en : même mécanisme.
La logique est identique : le s permet la liaison et évite deux voyelles qui se heurtent. Il disparaît dès que le pronom n’est pas là : va au marché, mange ta soupe.
Les inversions qui n’existent pas
Le français ne permet pas d’inverser tous les verbes à la première personne. Certaines formes sonneraient si mal que la langue les a purement et simplement abandonnées, et il faut alors tourner la phrase autrement.
- puis-je et non peux-je, qui n’existe pas. C’est la seule survivance d’une forme ancienne du verbe pouvoir.
- dois-je, suis-je, ai-je, vais-je : corrects et courants.
- cours-je, mens-je, romps-je : théoriquement possibles, inemployables en pratique.
Pour ces derniers, la parade est la tournure avec est-ce que, qui évite l’inversion : est-ce que je cours ?. Elle passe pour moins soignée, elle est ici la seule solution naturelle.
Les verbes du premier groupe posent un problème voisin. L’inversion existe, mais elle réclame un accent : aimé-je, parlé-je. Les rectifications de 1990 recommandent l’accent grave, aimè-je, qui correspond mieux à la prononciation. Les deux graphies sont admises, et l’une comme l’autre appartient à une langue très littéraire.
Un conseil de rédaction plus utile que la liste : dans un texte contemporain, l’inversion à la première personne du singulier sonne presque toujours affectée, sauf pour puis-je, dois-je et ai-je. Partout ailleurs, préférez la question directe ou est-ce que.
Questions fréquentes
Faut-il un t dans « prend-il » ?
Non. Le verbe se termine par un d, qui se prononce t en liaison. On écrit prend-il, sans t ajouté.
« Y a-t-il » ou « y a t’il » ?
Y a-t-il, avec deux traits d’union et sans apostrophe. Pas de trait entre y et a.
Pourquoi écrit-on « vas-y » avec un s ?
Pour la même raison que le t euphonique : le s permet la liaison devant y et évite le heurt de deux voyelles. Il disparaît sans le pronom : va au marché.
À retenir
- Le t s’ajoute seulement si le verbe finit par une voyelle : a-t-il, va-t-elle.
- Rien à ajouter si le verbe finit par t ou d : prend-il, correspond-il.
- Deux traits d’union, jamais d’apostrophe.
- À l’impératif, le même rôle est tenu par un s : vas-y, manges-en.
Les fautes de trait d’union et d’apostrophe passent inaperçues des correcteurs, comme nous le montrions dans notre comparatif des correcteurs orthographiques.