L’allégorie : définition et exemples commentés

La Justice porte un bandeau et tient une balance. La Mort tient une faux. Ces images sont si familières qu’on oublie qu’elles font toutes la même chose : donner un corps à quelque chose qui n’en a pas.

Qu’est-ce qu’une allégorie ?

Une allégorie représente une idée abstraite par une figure concrète, développée de manière cohérente sur toute la longueur d’un texte ou d’une image. Elle se distingue de la métaphore, qui reste ponctuelle, et du symbole, qui repose sur une convention. Le mot vient du grec allos et agoreuein, « parler autrement en public ».

Allégorie, métaphore, symbole : trois figures à ne pas confondre

La confusion est constante, y compris dans les copies d’examen, et la distinction tient en trois critères.

  • la métaphore est ponctuelle : cet homme est un lion occupe une phrase.
  • l’allégorie est développée : la figure se poursuit, avec ses attributs et ses actions.
  • le symbole est conventionnel : la colombe vaut pour la paix sans qu’on l’explique.
  • la personnification donne des traits humains à une chose, sans forcément représenter une idée.

Un test pratique : une allégorie tient debout toute seule. Si vous pouvez raconter l’histoire de la figure sans jamais nommer l’idée qu’elle représente, et que le lecteur comprend quand même, vous tenez une allégorie.

Les allégories que tout le monde connaît

  • la Justice : les yeux bandés pour l’impartialité, la balance pour l’équité, le glaive pour la sanction.
  • la Mort : le squelette et la faux, qui moissonne les vivants comme des épis.
  • Marianne : la République française, coiffée du bonnet phrygien des affranchis.
  • la Fortune : une femme aveugle sur une roue, qui élève et abaisse au hasard.
  • le Temps : un vieillard ailé muni d’une faux et d’un sablier.
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Chaque attribut est une phrase déguisée. Le bandeau de la Justice ne décore pas : il affirme qu’elle juge sans voir qui elle juge. Une allégorie réussie est un raisonnement rendu visible.

L’allégorie en littérature

Elle traverse toute l’histoire des lettres, du récit philosophique au roman contemporain.

  • l’allégorie de la caverne de Platon : les prisonniers et les ombres figurent l’ignorance et l’accès au savoir.
  • les fables de La Fontaine : les animaux représentent des types humains et des rapports de pouvoir.
  • Le Roman de la Rose : au Moyen Âge, les personnages s’appellent Raison, Danger, Bel-Accueil.
  • La Peste de Camus : l’épidémie figure l’occupation et, plus largement, le mal.
  • La Ferme des animaux d’Orwell : la révolte des bêtes retrace la révolution russe.

Le cas de Camus mérite une nuance. L’auteur refusait de réduire son roman à une seule lecture, et une allégorie trop transparente cesse d’intéresser dès que la clé est trouvée. Les plus solides gardent une part irréductible, qui résiste à la traduction.

Comment écrire une allégorie qui tienne ?

Trois exigences reviennent chez tous ceux qui s’y sont essayés avec succès.

  • La cohérence : chaque détail de la figure doit correspondre à quelque chose. Un attribut gratuit brouille la lecture.
  • L’autonomie : le récit doit fonctionner à son premier degré, comme histoire, avant de fonctionner au second.
  • La discrétion : ne jamais nommer l’idée représentée. Le lecteur qui la trouve seul y tient ; celui à qui on la donne s’en désintéresse.

Le principal risque est la lourdeur. Une allégorie qui explique sa propre signification devient une leçon, et le plaisir de lecture disparaît avec la surprise.

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Questions fréquentes

Quelle différence entre allégorie et métaphore ?

La métaphore est ponctuelle et tient en une phrase. L’allégorie se développe sur tout un texte, avec des attributs et des actions cohérents.

Une fable est-elle une allégorie ?

Oui, dans la plupart des cas. Les animaux y représentent des types humains de manière cohérente et développée, ce qui est la définition même de l’allégorie.

D’où vient le mot « allégorie » ?

Du grec allos, « autre », et agoreuein, « parler en public ». Littéralement : dire une chose pour en signifier une autre devant une assemblée.

À retenir

  • Une allégorie donne un corps concret à une idée abstraite.
  • Elle se développe, là où la métaphore reste ponctuelle.
  • Chaque attribut doit signifier quelque chose : le bandeau, la balance, la faux.
  • Elle doit fonctionner d’abord comme récit, ensuite comme signification.

L’allégorie appartient à la boîte à outils du romancier autant qu’à celle du critique. Voyez aussi les registres littéraires, qui décrivent l’effet visé plutôt que le moyen employé.

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