Apprendre à écrire : par où commencer

La question revient dans tous les ateliers, et elle contient presque toujours une inquiétude : faut-il un don ? La réponse est non, et elle est vérifiable. Écrire est un savoir-faire, il s’acquiert comme les autres, par la pratique et par la correction.

Par où commencer quand on veut apprendre à écrire ?

Par écrire régulièrement des textes courts et terminés, par lire en observant comment les autres s’y prennent, et par faire relire ce que vous écrivez. Ces trois habitudes font plus que n’importe quelle méthode. Tout le reste, ateliers, manuels, logiciels, vient ensuite et ne les remplace pas.

Terminer, et non commencer

L’erreur la plus répandue chez les débutants est d’accumuler des débuts. Un premier chapitre est facile et gratifiant, la suite est un travail. Or on n’apprend rien d’un texte qu’on n’a pas fini, parce que les difficultés véritables se logent toutes dans la seconde moitié.

La conséquence pratique est simple : commencez petit. Un texte de deux pages terminé vous apprendra davantage qu’un roman abandonné au troisième chapitre, et vous en tirerez une confiance que l’inachevé ne donne jamais.

Les cinq habitudes qui font progresser

  • écrire à heure fixe plutôt qu’à l’inspiration. Vingt minutes tous les jours battent trois heures le dimanche.
  • terminer chaque texte, même mauvais. La fin est là où se trouvent les vraies difficultés.
  • relire à froid, après plusieurs jours. On ne voit pas ses propres phrases le jour où on les écrit.
  • lire à voix haute. L’oreille repère les lourdeurs que l’œil accepte.
  • faire relire par quelqu’un qui n’a pas peur de vous déplaire.
Lisez aussi :   7 conseils pour publier et vendre son carnet de voyage

La cinquième est la plus efficace et la plus évitée. Un lecteur qui vous aime ne vous dira pas ce qui ne va pas, et un compliment n’a jamais fait progresser personne. Cherchez quelqu’un qui vous dira où il a décroché, sans lui demander s’il a aimé.

Trois exercices qui servent vraiment

  • la description contrainte : décrivez un objet pendant vingt lignes sans employer d’adjectif. Vous découvrirez que les verbes font le travail.
  • la réécriture d’un même paragraphe de cinq façons différentes : au présent, au passé, en une phrase, en dix, sans le mot principal.
  • la copie manuelle d’une page d’un auteur que vous admirez. Le geste fait sentir les articulations mieux que la lecture.

Le dernier surprend et fonctionne remarquablement. Recopier à la main oblige à traverser chaque virgule, et l’on découvre alors des choix de construction qu’une lecture normale survole complètement.

Les conseils qu’il vaut mieux ignorer

Certaines maximes circulent avec l’autorité de l’évidence et bloquent plus qu’elles n’aident.

  • Écris ce que tu connais : conseil qui interdirait toute la littérature d’imagination. Écrivez ce qui vous intéresse, puis documentez-vous.
  • Il faut avoir vécu : les meilleurs livres sur la guerre ne sont pas tous écrits par des soldats.
  • Trouve ta voix : elle n’est pas cachée quelque part, elle se forme en écrivant. On ne la cherche pas, on la fabrique.
  • Ne montre à personne avant d’avoir fini : mauvais conseil pour un débutant, qui a besoin de retours tôt.

Faut-il suivre un atelier d’écriture ?

Il apporte deux choses qu’on obtient difficilement seul : un rythme imposé et des lecteurs réguliers. Il n’apporte pas de talent, et il ne remplace pas la pratique quotidienne.

Lisez aussi :   12 Conseils pour vendre plus de livres

Le critère de choix le plus fiable est le fonctionnement des retours. Un atelier où l’on se félicite ne sert à rien. Un atelier où l’on vous dit précisément à quelle ligne le lecteur a cessé de croire à votre personnage vaut son prix.

Combien de temps faut-il pour progresser ?

Les premiers progrès sont rapides et portent sur les fautes évidentes : les répétitions, les adverbes, les dialogues sans nécessité. Ils se voient en quelques semaines de pratique régulière.

Ce qui prend des années, c’est la construction : savoir où commencer un récit, quoi couper, comment tenir un lecteur sur trois cents pages. Ce savoir-là ne s’enseigne pas, il se dépose lentement, texte après texte. La bonne nouvelle est qu’il ne dépend d’aucun don, seulement du nombre de textes terminés.

Un mot enfin sur ce qui vient après. Le jour où l’un de ces textes devient un livre, vous découvrirez un vocabulaire entier que personne n’apprend en écrivant : la page de titre, le faux-titre, l’achevé d’imprimer. Rien d’indispensable pour progresser, mais savoir comment s’appelle la première page d’un livre évite de parler de son propre ouvrage en amateur.

Questions fréquentes

Faut-il du talent pour écrire ?

Non. Écrire est un savoir-faire qui s’acquiert par la pratique et par la correction. Ce qu’on appelle talent est le plus souvent le résultat d’un travail invisible.

Combien de temps écrire chaque jour ?

Vingt minutes quotidiennes valent mieux que trois heures hebdomadaires. La régularité compte davantage que la durée, parce qu’elle maintient le texte présent à l’esprit entre deux séances.

Lisez aussi :   Meilleur moment pour publier un livre : quelle est la période idéale ?

Par quel genre commencer ?

Par un texte court et terminé : une nouvelle, un récit de quelques pages. Le roman demande des compétences de construction qu’on acquiert plus facilement sur des textes brefs.

À retenir

  • Terminez vos textes, même courts, même mauvais. Les difficultés sont dans la fin.
  • Écrivez à heure fixe, relisez à froid, lisez à voix haute.
  • Faites relire par quelqu’un qui ose vous déplaire.
  • Le talent n’entre pas en jeu. Le nombre de textes terminés, oui.

Pour la suite, voyez notre article sur la relecture et celui sur les fins de roman.

Rate this post

Laisser un commentaire