C’est le connecteur le plus employé de la langue parlée, et l’un des plus mal remplacés à l’écrit. On le troque contre de plus ou en outre sans se demander ce qu’il faisait exactement dans la phrase, et le texte prend aussitôt un ton de dissertation.
Quels sont les principaux synonymes de « et puis » ?
Pour marquer une suite dans le temps : ensuite, puis, après, alors. Pour ajouter un argument : de plus, en outre, par ailleurs, qui plus est, de surcroît. Le mot fait ces deux métiers à la fois, et ses remplaçants n’en font qu’un chacun.
« Et puis » qui enchaîne
Premier emploi, chronologique. Les événements se suivent, et le connecteur ne fait que les relier dans l’ordre.
- puis : le plus neutre, sans le et qui alourdit.
- ensuite : légèrement plus formel, très courant à l’écrit.
- après : familier à l’oral, correct dans un récit.
- alors : ajoute une nuance de conséquence.
- sur ce : marque une rupture nette, soutenu.
Un conseil pour la narration : l’enchaînement le plus fluide est souvent l’absence de connecteur. « Il ferma la porte. Il descendit l’escalier. » se lit plus vite que « Il ferma la porte, et puis il descendit l’escalier. » Le point fait le travail que vous demandiez au mot, et il le fait sans bruit.
« Et puis » qui ajoute
Second emploi, argumentatif. Vous n’ajoutez plus un événement mais une raison, et le registre décide alors du mot.
- de plus : courant, neutre, s’emploie partout.
- en outre : soutenu, un peu administratif.
- par ailleurs : introduit un argument d’un autre ordre.
- qui plus est : soutenu, avec une nuance de renchérissement.
- de surcroît : très soutenu, presque littéraire.
- d’ailleurs : ajoute une remarque incidente, pas un argument de même rang.
Attention à ne pas confondre par ailleurs et d’ailleurs, que beaucoup de rédacteurs échangent. Par ailleurs change de sujet, d’ailleurs renforce le sujet en cours par une preuve secondaire. Les deux ne s’emploient pas au même endroit d’un raisonnement.
Le troisième emploi : « et puis zut »
Il existe un usage que les listes de synonymes ignorent complètement, parce qu’il n’appartient qu’à la langue parlée : celui du renoncement ou de l’agacement.
- Et puis zut, j’y vais quand même.
- Et puis quoi encore ? Refus indigné.
- Et puis après ? Manière de dire que cela n’a pas d’importance.
- Et puis voilà. Clôture, sans discussion.
Aucun connecteur soutenu ne remplace cela. Si votre texte contient un dialogue, ces tournures sont irremplaçables et il ne faut surtout pas les corriger : elles font entendre une voix, ce qu’un en outre ne fera jamais.
Comment choisir en une seconde ?
Demandez-vous si vous ajoutez un moment ou une raison. Un moment, prenez puis ou ensuite. Une raison, prenez de plus ou par ailleurs. Et si la réponse est « ni l’un ni l’autre », vous tenez probablement un connecteur inutile, qu’un simple point remplacera avantageusement.
Les connecteurs qui trahissent un texte écrit trop vite
Certaines locutions ne servent qu’à combler un blanc. Elles donnent au texte une apparence de raisonnement sans en produire aucun, et un lecteur attentif les repère immédiatement.
- de ce fait : le plus souvent remplaçable par donc, qui est plus court.
- force est de constater : n’ajoute rien à ce qui suit.
- il convient de noter que : si cela vaut la peine, notez-le sans l’annoncer.
- à savoir : souvent remplaçable par deux-points.
- en effet : utile pour justifier, inutile pour enchaîner.
- par conséquent : correct, mais lourd en tête de paragraphe.
Le test est simple : supprimez le connecteur et relisez. Si la phrase tient debout et dit la même chose, le connecteur ne servait à rien. Cette suppression est probablement la correction la plus rentable qu’on puisse appliquer à un texte, parce qu’elle allège sans rien retirer au sens.
Il existe une exception à cette sévérité : dans un raisonnement long, un connecteur bien placé sert de panneau indicateur au lecteur, qui sait alors s’il avance dans le même sens ou s’il change de direction. Le problème n’est jamais le connecteur, c’est le connecteur qui n’indique rien.
Questions fréquentes
« Et puis » est-il correct à l’écrit ?
Oui, il n’a rien de fautif. Il appartient simplement au registre courant, et détonne dans un texte administratif ou universitaire.
Quelle différence entre « d’ailleurs » et « par ailleurs » ?
D’ailleurs renforce ce qui vient d’être dit par une preuve secondaire. Par ailleurs introduit un point d’un tout autre ordre.
Peut-on commencer une phrase par « et » ?
Oui. La règle qui l’interdit est une invention scolaire sans fondement grammatical. Flaubert, Hugo et Camus commencent des phrases par et, souvent pour marquer une rupture de rythme.
À retenir
- Suite dans le temps : puis, ensuite, alors.
- Ajout d’argument : de plus, en outre, par ailleurs, de surcroît.
- Dans un récit, le meilleur connecteur est souvent aucun connecteur.
- Et puis zut n’a aucun équivalent soutenu, et c’est très bien ainsi.
Les connecteurs font le rythme d’un texte autant que la ponctuation. Sur le même terrain, voyez les verbes qui affaiblissent une phrase.