Le pluriel de « bail » : pourquoi écrit-on « baux » ?

Vous rédigez un courrier à propos de plusieurs locations, et le pluriel vous arrête net. Des bails ou des baux ? La réponse est nette, et elle ouvre sur une petite liste qu’il vaut la peine de connaître par cœur.

Quel est le pluriel de « bail » ?

Le pluriel de « bail » est « baux ». On écrit un bail, des baux, exactement comme un travail donne des travaux. La forme des bails est une faute, même si elle survit dans la langue parlée.

Sept noms seulement font leur pluriel en -aux

La règle générale veut que les noms terminés par ail prennent simplement un s : des détails, des chandails, des rails, des éventails. Sept mots seulement échappent à cette règle, et il faut les connaître.

  • un bail, des baux
  • un corail, des coraux
  • un émail, des émaux
  • un soupirail, des soupiraux
  • un travail, des travaux
  • un vantail, des vantaux
  • un vitrail, des vitraux

Une manière de les retenir : ils désignent presque tous des éléments de bâtiment ou de matière. Le vitrail, l’émail, le soupirail, le vantail et le corail appartiennent au vocabulaire de la construction et de l’ornement. Le bail et le travail complètent la liste par le droit et l’activité.

Pourquoi cette exception existe-t-elle ?

Parce que ces mots sont anciens, et qu’ils ont traversé le français médiéval en conservant une évolution phonétique particulière. Le groupe al suivi d’une consonne s’est transformé en au au cours du Moyen Âge, ce qui a donné cheval puis chevaux, et de la même façon bail puis baux.

Les mots entrés plus tard dans la langue, comme chandail ou éventail, n’ont pas connu cette évolution : ils prennent le pluriel régulier. L’exception n’est donc pas un caprice mais un témoignage d’âge. Les sept mots en aux sont simplement les plus vieux.

Lisez aussi :   « Nous sommes convenus » ou « nous avons convenu » : lequel faut-il écrire ?

Le cas particulier de « travail »

Ce mot possède en réalité deux pluriels, et le second surprend tout le monde. Des travaux désigne les tâches et les chantiers, mais des travails existe bel et bien pour nommer un appareil de maréchalerie, cette cage de bois dans laquelle on immobilise un cheval pour le ferrer.

L’emploi est rare, presque technique, et vous ne le rencontrerez guère hors d’un texte spécialisé. Il reste que la forme n’est pas une faute lorsqu’elle désigne cet objet précis.

Les autres pluriels irréguliers à connaître

Le français conserve quelques pluriels venus du fond des âges, souvent sur des mots très courants.

  • un œil, des yeux
  • un ciel, des cieux, mais des ciels en peinture
  • un aïeul, des aïeux pour les ancêtres, des aïeuls pour les grands-parents
  • monsieur, messieurs ; madame, mesdames
  • un journal, des journaux, comme tous les noms en -al sauf bal, carnaval, festival, récital, chacal

Les noms en -al qui ne font pas « -aux »

La règle voisine réserve exactement le même genre de surprise. Les noms terminés par al forment normalement leur pluriel en aux, comme cheval et chevaux, mais une dizaine d’entre eux prennent simplement un s.

  • un bal, des bals
  • un carnaval, des carnavals
  • un festival, des festivals
  • un récital, des récitals
  • un chacal, des chacals
  • un régal, des régals
  • un cal, des cals

Le point commun de cette liste est le même que pour les mots en ail : ce sont des arrivées tardives dans la langue. Carnaval et festival viennent de l’italien et de l’anglais, chacal du turc, récital de l’anglais. Aucun n’était là au Moyen Âge, aucun n’a donc suivi l’évolution qui a produit chevaux.

Deux mots gardent les deux pluriels selon le sens : idéal donne idéaux pour les valeurs et idéals en mathématiques, val donne vaux dans par monts et par vaux mais vals ailleurs.

Lisez aussi :   « Correspond-il » ou « correspond-t-il » : où mettre le t ?

Questions fréquentes

« Des bails » est-il accepté à l’oral ?

On l’entend, notamment dans l’expression familière ça fait un bail, mais il s’agit d’une faute à l’écrit. Le pluriel correct reste des baux.

D’où vient l’expression « ça fait un bail » ?

Du sens juridique du mot. Un bail est un contrat de longue durée, souvent trois, six ou neuf ans. Dire qu’une chose date d’un bail, c’est dire qu’elle remonte à des années.

Comment retenir les sept mots en -aux ?

En les regroupant par le sens : cinq relèvent du bâtiment et de l’ornement, vitrail, émail, soupirail, vantail, corail, auxquels s’ajoutent bail et travail.

À retenir

  • Le pluriel de bail est baux, jamais bails.
  • Sept noms en -ail seulement font -aux : bail, corail, émail, soupirail, travail, vantail, vitrail.
  • Tous les autres prennent un s : des détails, des chandails, des éventails.

Les pluriels irréguliers font partie des rares points où la mémorisation reste inévitable. Nous en croisons d’autres dans notre relevé des fautes les plus courantes.

Rate this post

Laisser un commentaire