Mis à part sa sœur, ou sa sœur mise à part ? Les deux existent, les deux sont correctes, et ce qui les sépare n’est pas le sens mais la position dans la phrase.
Alors, « mis à part » ou « mise à part » ?
Placé devant le nom, « mis à part » reste invariable : mis à part sa sœur, personne n’est venu. Placé derrière, il s’accorde avec lui : sa sœur mise à part, personne n’est venu. La position commande, pas le genre du nom.
Pourquoi la position change-t-elle tout ?
Devant le nom, le groupe cesse d’être un participe pour devenir une préposition, c’est-à-dire un mot outil qui introduit un complément. Les prépositions ne s’accordent jamais, et mis à part suit cette règle dès qu’il occupe cette place.
Derrière le nom, il retrouve sa nature de participe passé, il qualifie ce nom, et il s’accorde donc avec lui en genre et en nombre. Le même groupe de mots change de fonction selon l’endroit où on le pose.
- Mis à part cette réserve, le rapport est excellent.
- Cette réserve mise à part, le rapport est excellent.
- Mis à part les deux dernières pages, tout est prêt.
- Les deux dernières pages mises à part, tout est prêt.
Comment trancher en une seconde ?
Repérez de quel côté du nom se trouve le groupe. Avant, invariable. Après, accordé. Il n’y a pas de troisième cas.
Un second test confirme : remplacez par « sauf ». Si la substitution passe, vous êtes dans l’emploi prépositionnel, celui qui ne s’accorde pas. Sauf cette réserve, le rapport est excellent fonctionne parfaitement, la forme invariable est donc la bonne.
Toute la famille des participes prépositionnels
Une dizaine de mots suivent exactement la même règle, et les connaître ensemble évite de la redécouvrir à chaque fois.
- excepté : excepté les enfants, mais les enfants exceptés
- vu : vu les circonstances, toujours invariable en tête
- attendu : attendu les délais, au sens de « étant donné »
- passé : passé dix heures, mais dix heures passées
- y compris : y compris les frais, mais les frais y compris
- ci-joint : ci-joint la facture, mais la facture ci-jointe
- étant donné : les deux accords sont admis en tête de phrase
Le cas de étant donné est le seul à faire exception : placé devant, il peut rester invariable ou s’accorder, les deux usages étant attestés. Étant donné les circonstances et étant données les circonstances sont l’un comme l’autre corrects.
Et « ci-joint », le plus fréquent de tous
C’est celui que vous écrirez le plus souvent, dans des courriels, et il obéit à la même mécanique avec une nuance supplémentaire.
- Ci-joint la facture. Invariable, car en tête.
- Vous trouverez la facture ci-jointe. Accordé, car derrière.
- Vous trouverez ci-joint une facture. Invariable, car le nom n’a pas de déterminant défini.
Le troisième cas est le plus subtil. Quand le nom est précédé d’un article indéfini ou d’aucun déterminant, l’usage laisse le participe invariable même à l’intérieur de la phrase. Dans le doute, placez-le en tête et écrivez-le sans accord : personne ne pourra vous le reprocher.
Questions fréquentes
« Mise à part ma sœur » est-il correct ?
Non. Placé devant le nom, le groupe reste invariable : mis à part ma sœur.
« Mis à part » ou « mise à part cette question » ?
Mis à part cette question, sans accord, puisque le groupe précède le nom.
Faut-il une virgule après « mis à part » ?
Pas immédiatement après, mais bien après le complément qu’il introduit : mis à part cette réserve, le rapport est excellent.
À retenir
- Devant le nom : mis à part, invariable, il fonctionne comme sauf.
- Derrière le nom : mise à part, mises à part, accordé comme un participe.
- La même règle vaut pour excepté, vu, passé, y compris et ci-joint.
Cette famille de mots change de nature selon sa place, comme « sur mesure » et « sur-mesure » change de nature selon sa fonction. Dans les deux cas, c’est l’analyse et non la mémoire qui donne la réponse.