« Mettre en exergue » : sens, origine et emploi correct

L’expression revient dans les rapports, les articles et les présentations, souvent au sens de « souligner ». Ce sens est aujourd’hui accepté, mais il n’est pas le premier, et l’histoire du mot explique pourquoi certains lecteurs le trouvent encore impropre.

Que signifie « mettre en exergue » ?

Au sens propre, mettre en exergue signifie placer une citation en tête d’un texte, comme une épigraphe. Au sens élargi, aujourd’hui majoritaire, cela signifie mettre en évidence, souligner l’importance de quelque chose. Les deux emplois se rencontrent, le second l’emporte largement.

D’où vient le mot « exergue » ?

Du grec ex ergon, littéralement « hors de l’œuvre ». En numismatique, l’exergue désigne l’espace situé sous le motif principal d’une médaille ou d’une pièce, séparé par un trait, et où l’on grave la date ou la devise.

Le mot désigne donc à l’origine une marge, un espace en dehors du sujet principal. C’est ce qui rend son emploi moderne un peu paradoxal : ce qui était à la périphérie sert aujourd’hui à désigner ce que l’on met au centre de l’attention.

L’exergue en littérature

Par extension, le mot a désigné la citation placée en tête d’un livre ou d’un chapitre, celle qui annonce le ton sans faire partie du texte. Le terme exact pour cet usage est épigraphe, et les deux mots se sont largement confondus.

  • épigraphe : la citation en tête d’un ouvrage ou d’un chapitre.
  • exergue : à l’origine l’espace, aujourd’hui la citation elle-même.
  • exorde : le début d’un discours, rien à voir malgré la ressemblance.
  • incipit : les premiers mots du texte lui-même.
Lisez aussi :   Les synonymes d’« étudier » et leurs nuances

La confusion entre exergue et exorde est fréquente et se voit immédiatement, car les deux mots ne relèvent pas du même domaine. L’exorde appartient à la rhétorique et désigne l’ouverture d’un discours, la partie où l’orateur capte la bienveillance de son auditoire.

Le sens moderne est-il correct ?

Oui. Mettre en exergue au sens de « souligner » figure aujourd’hui dans les dictionnaires courants, avec parfois la mention que l’emploi est critiqué. Les puristes lui préfèrent mettre en évidence, mettre en relief, souligner ou faire ressortir.

Un conseil de rédaction plus utile que la querelle : l’expression est longue, un peu solennelle, et souvent remplaçable par un verbe simple. Le rapport souligne trois risques dit la même chose que le rapport met en exergue trois risques, avec quatre mots de moins.

Les autres emplois du mot

  • en exergue : placé en tête, une citation de Char figure en exergue.
  • mettre en exergue : souligner, sens moderne.
  • graver à l’exergue : sur une médaille, sens technique d’origine.

Notez qu’exergue est un nom masculin : on écrit un exergue, cet exergue. Le féminin se rencontre par confusion avec épigraphe, qui est bien féminin.

Comment choisir une épigraphe pour son livre ?

Puisque le mot désigne aussi la citation placée en tête d’un texte, autant savoir s’en servir. Une épigraphe réussie annonce le ton sans résumer l’intrigue, et elle en dit autant sur l’auteur que sur le livre.

  • Courte : deux lignes suffisent, quatre commencent à peser.
  • Décalée : elle éclaire le livre de biais, elle ne l’explique pas.
  • Attribuée précisément : nom de l’auteur, titre de l’œuvre. Une citation sans source fait amateur.
  • Vérifiée : les citations les plus répandues sur internet sont souvent apocryphes ou déformées.
Lisez aussi :   « Sur mesure » ou « sur-mesure » : lequel faut-il écrire ?

Un point juridique que beaucoup d’auteurs autoédités découvrent trop tard : citer un texte encore protégé par le droit d’auteur suppose une autorisation dès que la citation dépasse le très court extrait. En France, une œuvre entre dans le domaine public soixante-dix ans après la mort de son auteur. Baudelaire ne pose aucun problème, un poète mort en 1990 en pose un.

La courte citation reste possible sans autorisation, à condition qu’elle soit brève, qu’elle serve un propos et qu’elle mentionne l’auteur et la source. Une épigraphe purement décorative sort de ce cadre, ce qui explique la prudence des éditeurs sur ce point.

Ce décalage entre l’origine d’un mot et l’usage qu’on en fait n’a rien d’exceptionnel. La langue courante est pleine de formules dont chacun connaît le sens sans en soupçonner la construction. Dans « le fin mot de l’histoire », par exemple, fin n’est pas le contraire de début mais un vieil adjectif qui signifie subtil, dissimulé.

Questions fréquentes

« Un exergue » ou « une exergue » ?

Un exergue, au masculin. Le mot est souvent confondu avec une épigraphe, qui est féminin.

Quelle différence entre exergue et épigraphe ?

L’épigraphe est la citation placée en tête d’un texte. L’exergue désignait à l’origine l’espace qui l’accueille, sur une médaille. L’usage a fini par les confondre.

Faut-il éviter « mettre en exergue » ?

Non, l’emploi est admis. Mais un verbe simple comme souligner fait souvent le même travail plus vite.

À retenir

  • Exergue vient du grec ex ergon, « hors de l’œuvre ».
  • Sens d’origine : l’espace sous le motif d’une médaille.
  • Sens moderne : souligner, mettre en évidence. Admis, mais souvent remplaçable.
  • Le mot est masculin.
Lisez aussi :   « Rien à voir » ou « rien avoir » : lequel faut-il écrire ?

Les mots savants mal employés trahissent un texte plus sûrement qu’une faute d’orthographe, comme dans « confirmer » ou « infirmer ».

Rate this post

Laisser un commentaire