Le lyrisme en poésie : définition, procédés et exemples

Le mot sert aujourd’hui à qualifier tout texte un peu ému, souvent avec une nuance de reproche. Il désigne pourtant une chose précise, dont l’histoire remonte à un instrument de musique, et qui obéit à des procédés identifiables.

Qu’est-ce que le lyrisme ?

Le lyrisme est l’expression des sentiments personnels du poète, formulée de manière à être partagée par le lecteur. Il se reconnaît à la présence du « je », à la musicalité du texte et au champ lexical du sentiment. Ce n’est ni un genre ni une forme, mais une tonalité, ce qu’on appelle aussi un registre.

D’où vient le mot « lyrisme » ?

De la lyre, l’instrument à cordes de la Grèce antique. La poésie lyrique était littéralement celle que l’on chantait en s’accompagnant à la lyre, par opposition à l’épopée, récitée, et au théâtre, joué.

Cette origine musicale explique une bonne part des procédés du lyrisme. Si le texte cherche la répétition, le refrain, le rythme régulier et les sonorités, c’est qu’il vient d’un art où le sens passait par l’oreille avant de passer par l’œil.

Les procédés du lyrisme

Ils se répartissent en trois groupes, selon qu’ils marquent la présence du sujet, l’intensité du sentiment ou la musique du texte.

  • la première personne : je, moi, mon, et souvent un tu auquel le poème s’adresse.
  • l’apostrophe : le poète parle à un absent, à un lieu, à un objet, au temps lui-même.
  • la ponctuation expressive : exclamations, questions restées sans réponse, points de suspension.
  • le champ lexical du sentiment : amour, mort, souvenir, absence, fuite du temps.
  • les procédés musicaux : allitérations, assonances, refrains, rythmes réguliers.
  • l’hyperbole : l’exagération, qui dit l’intensité plutôt que la mesure.
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Les grands thèmes lyriques

Ils sont peu nombreux et n’ont pas changé depuis l’Antiquité, ce qui en dit long sur leur nécessité.

  • l’amour, heureux plus rarement que malheureux.
  • la fuite du temps, que les Latins appelaient déjà fugit irreparabile tempus.
  • la mort, celle des proches et la sienne propre.
  • la nature, comme miroir des états d’âme.
  • la mémoire et le lieu revisité, où le passé se mesure au présent.

Lamartine réunit les cinq dans Le Lac, ce qui explique que ce poème serve d’exemple canonique depuis deux siècles : un lieu retrouvé seul, un amour disparu, une adresse au temps, et la nature prise à témoin.

Les grands lyriques français

  • Ronsard au seizième siècle, avec les Sonnets pour Hélène.
  • Lamartine, Hugo, Musset et Vigny pour le romantisme.
  • Baudelaire, qui garde le lyrisme en le compliquant d’ironie.
  • Verlaine, qui le pousse du côté de la musique pure.
  • Apollinaire, dont Le Pont Mirabeau est le dernier grand poème lyrique classique.

Lyrisme, élégie, pathétique : trois mots voisins

La confusion est fréquente et se lève en une phrase pour chacun.

  • le lyrisme exprime un sentiment personnel, quel qu’il soit, y compris la joie.
  • l’élégiaque est un lyrisme tourné vers la plainte et le regret.
  • le pathétique cherche à provoquer la pitié du lecteur pour un autre que soi.

Un poème lyrique parle de ce que ressent celui qui écrit. Un texte pathétique parle de ce que subit quelqu’un d’autre, et vise votre compassion. La différence tient à qui souffre.

Le lyrisme est-il passé de mode ?

La poésie du vingtième siècle s’en est méfiée, jusqu’à en faire un repoussoir. Les surréalistes, puis les poètes de l’objet et du quotidien, ont reproché au lyrisme sa facilité et son emphase.

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Il n’a pourtant jamais disparu, il s’est déplacé. La chanson française en est aujourd’hui le principal refuge, et les procédés y sont exactement les mêmes : première personne, apostrophe, refrain, champ lexical du sentiment. Un texte de chanson bien écrit est un poème lyrique qui a trouvé sa lyre.

Questions fréquentes

Quelle différence entre lyrique et épique ?

Le lyrique exprime les sentiments d’un je. L’épique raconte des exploits collectifs en les grandissant. Le premier chante, le second raconte.

Un texte en prose peut-il être lyrique ?

Oui. Le lyrisme est une tonalité, pas une forme. On le trouve dans le roman, dans la lettre et dans le discours, chaque fois qu’un je exprime un sentiment avec l’intention de le faire partager.

Pourquoi parle-t-on de « lyrisme » et de « lyre » ?

Parce que la poésie lyrique grecque se chantait en s’accompagnant de cet instrument. L’origine musicale explique l’importance du rythme et des sonorités dans ce registre.

À retenir

  • Le lyrisme exprime les sentiments personnels du poète pour les faire partager.
  • Le mot vient de la lyre, instrument qui accompagnait ces poèmes.
  • Procédés : première personne, apostrophe, ponctuation expressive, musicalité.
  • Cinq thèmes reviennent : l’amour, le temps, la mort, la nature, la mémoire.

Le lyrisme est l’un des registres décrits dans notre panorama des registres littéraires, et il touche de près l’élégie, qui en est la version endeuillée.

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